Un nouveau projet, comment ça ?

Pas question de faire table rase… Forte de ses 50 ans, à l’âge de la maturité, l’acb va bien et entend continuer comme ça encore longtemps. Pour autant, l’arrivée d’un nouveau directeur offre l’occasion de prendre une orientation nouvelle pour s’ouvrir vers de nouveaux artistes et aller à la rencontre de nouveaux publics. C’est aussi l’occasion de se demander à quoi peut bien servir une scène nationale.

Une scène nationale, pour quoi faire ?

Notre époque est traversée de crises qui sont autant de défis majeurs : défis environnementaux, défis liés aux inégalités, défis démocratiques. En cultivant les peurs, certaines forces nous poussent au repli et dans cette illusion qu’il serait possible d’échapper aux tumultes du temps à l’abri de son foyer, au sein de sa communauté quelle qu’elle soit, dans un ressentiment qui peut aller jusqu’au mépris, et à la peur de l’autre. Alors qu’on voudrait aller de l’avant et cultiver la curiosité qu’on a pour les autres, on s’assèche, on s’atrophie ? Une scène nationale, ça n’entend pas sauver le monde, mais cela peut contribuer à le rendre un peu plus vivant, un peu plus ouvert, au moins à son échelle.

Comment ça « un peu plus vivant » ?

Le travail d’une scène nationale, c’est de mettre en présence des artistes avec des habitants. Autrement dit, rapprocher l’art des gens. Pour paraphraser Louis Jouvet, mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son art, ça ne fait pas de mal, ni aux artistes, ni aux habitants. Cela permet m ême de vivre avec un peu plus d’intensité, et à son cœur de battre plus fort, ses poumons de mieux respirer, son esprit de voir les idées plus claires.

Tiens, et comment ça fonctionne ?

Quand ça marche, car – reconnaissons-le – ça ne marche pas toujours à tous les coups, quand ça marche donc, la rencontre que l’on fait le temps d’un spectacle nous fait vivre une expérience puissante qui nous relie à soi, aux autres, au monde et parfois toutes ces dimensions simultanément. On entre en résonance, on est touché, on est emporté, à la façon de quelqu’un qui tombe amoureux par exemple… Notre nouvelle direction, c’est celle-là. Ça n’est pas tant se cultiver que de vivre des expériences riches et fécondes sur le terrain du sensible, en compagnie des artistes quand on est habitant, usager ou non de l’acb, ou en compagnie des habitants quand on est artiste. Mais pour que la rencontre ait lieu, il faut un espace d’échange, une plateforme. Très simplement au théâtre, on appelle cela depuis bien longtemps un plateau.

Un plateau ? Vous voulez dire « une scène » ?

À vrai dire, le plateau, la scène, c’est un peu la même chose. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de créer un lieu où l’impossible devient possible, un lieu où les rêves se matérialisent au point d’avoir envie d’y croire, un endroit où on peut se raconter des histoires sans que cela prête trop conséquence. Un plateau pour voir la vie autrement, ou encore pour nous débarrasser de quelques-unes de ces mauvaises pensées qui nous habitent parfois. Le plateau comme le lieu de tous les possibles en somme qui nous relie à toutes les dimensions de notre être. Comme une page blanche le plateau ouvre une fenêtre sur l’Autre, sur l’Inconnu, sur l’ailleurs. Cet espace qui peut être aussi un tableau, nous l’appelons communément le plateau.

Vous parlez bien entendu du Grand Plateau du théâtre de l’acb ?

Oui mais pas seulement, car le plateau c’est partout où la rencontre autour des imaginaires et du sensible est possible. Nous avons la chance à Bar-le-Duc d’avoir un des plus beaux plateaux de la région Grand Est, mais cela ne suffit pas, cette rencontre précieuse, on peut l’envisager partout où des gens sont prêts à donner leur attention à ceux qui mobilisent leur art de bouger, de raconter, de jouer des personnages ou de la musique… C’est ainsi que le plateau au théâtre se prolonge en 1000 plateaux sur le territoire, de la Barroise pour des expériences en grand format, en passant par le Festival RenaissanceS sur l’espace public, jusque dans tous ces interstices où le projet de se rencontrer autour d’une conception partagée de l’art peut surgir. L’acb c’est tous ces plateaux côte à côte.

Un Grand Plateau et ses 1000 Plateaux donc, et un fil rouge pour les relier peut-être ?

Notre fil rouge : le jeu clown, qui est beaucoup plus qu’un nez. C’est un art parfois un peu galvaudé qui mérite qu’on lui redonne toutes ses lettres de noblesse, un goût pour le plaisir et l’exploration tous azimuts de nos imaginaires qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer l’héritage de la Renaissance partout présent ici. Aujourd’hui, il prend de multiples visages et on le retrouve sous des formes variées dans le champ de la création à des degrés divers, que ce soit dans le théâtre ou le cirque bien entendu, mais aussi dans la danse, la musique, les arts visuels…

Et la programmation, comment s’organise-t-elle ?

Tout au long de la saison, en évitant la répétition et la monotonie. Et pour cela, rien de plus vivant que de mettre un peu de rythme : en septembre une entrée par le plein air sur le territoire, en juillet une sortie avec le Festival RenaissanceS, et au milieu deux temps forts… Bobizar en décembre autour des écritures de la nuit, c’est la relation à soi et le goût pour l’intériorité sous toutes ses formes avec toutes les bizarreries qu’autorise l’imagination quand arrivent la nuit et les rêves, c’est le moment des histoires, du fantastique. Et puis les beaux jours arrivent avec l’envie de se retrouver dehors, d’aller s’ébrouer aux premiers rayons du soleil, c’est alors le temps du corps, du frottement, du mouvement, de la danse, mais aussi de la relation à l’autre, du politique, du débat public, ce nouveau temps fort consacré aux écritures du jour, nous l’appellerons Zone sensible.

Mais tout cela, c’est pour qui ?

Les habitants du plateau bien entendu. Autrement dit, vous qui lisez ces lignes, et tous les usagers de l’acb, mais également tous ceux autour de vous, curieux d’intériorité ou encore de sens et de plaisir partagé. Mais qu’on se le dise, quel que soit son âge, sa situation, à condition d’en avoir envie, tout le monde est le bienvenu autour du plateau. Car quoi de plus partagé que le goût et l’envie de bouger, de parler, de raconter des histoires, de chanter, de rêver. Même si ça n’est pas toujours facile, la plupart des artistes sont passés par là et en leur présence, on se sent parfois pousser des ailes.
Et puis au-delà, les associations, les entreprises, dans le champ de l’économie sociale et solidaire, mais pas que, partout où des gens se rassemblent pour travailler ensemble à se rendre, à nous rendre la vie un peu plus vive, nous avons vocation à nous retrouver pour imaginer ensemble de nouvelles coopérations autour de l’art de vivre ensemble avec les artistes.

Et alors les artistes, on les oublie ?

Certainement pas, ils sont au cœur de ce nouveau projet. Sans eux, impossible de cultiver l’art qui est en nous et sans nous impossible pour eux de ne pas tourner un peu en rond. Pour les quatre prochaines années, nous en avons invité un certain nombre avec qui engager des fidélités, il est maintenant temps de les présenter sur les pages suivantes.

Alors pour résumer… ce nouveau projet ?

Pour les 50 ans de l’acb, on continue avec un Grand Plateau au théâtre et 1000 Plateaux sur le territoire, une saison sensible et rythmée, un fil rouge autour du jeu clown, deux temps forts, Bobizar et Zone sensible pour cultiver les identités plurielles et enfin une Constellation d’artistes pour mettre en action tout cela.
Le projet en une phrase ? Faire vivre ensemble une nouvelle histoire autour de l’acb, pour cultiver l’art de vivre les uns à côté des autres, acteurs de notre histoire commune et notre condition, en résonance.